« Est-il encore possible de débattre de l’immigration et d’en parler sereinement ? »

Immigration, des humains et des chiffres

Est-il encore possible de débattre de l’immigration et d’en parler sereinement sans se laisser enfermer dans des caricatures ? Un débat pollué par des chiffres souvent déconnectés de la réalité.

J’ai un gros doute aux vues des commentaires, réactions politiques et titres de presse qui ont accueilli les chiffres 2025 publiés par le ministère de l’Intérieur.

« Immigration record », « tsunami », « explosion », « submersion migratoire », le sujet mobilise comme chaque fois tout le champ lexical du populisme catastrophiste et il est presque toujours illustré par des nombres, rarement par des êtres humains, par des additions de chiffres qui ne veulent rien dire, qui mélangent tout : les réguliers et les clandestins, les travailleurs et les sans-emplois, les immigrants économiques et les familiaux, les étudiants et les réfugiés humanitaires, ceux dont la fonction sociale nous est indispensable et ceux qui n’ont rien à faire ici, pas grave, tous dans le même sac ou dans le même bateau puisque la Vox Populi réclame que leur nombre baisse.

Alors regardons précisément, 384 000 premiers titres de ces jours ont été accordés l’an dernier à des étrangers hors Union européenne, en hausse de 11% sur l’année d’avant, mais seulement 1 500 de plus qu’en 2021. Et surtout, ce record absolu n’a qu’une seule cause, le bond des motifs humanitaires, l’accueil par la France de 18 000 réfugiés afghans et de 14 000 Ukrainiens.

Et ce n’est pas une bonne nouvelle, parce que la France vieillit, et ce des peuples, que les besoins de main-d’oeuvre vont à des crescendo des cuistots aux soignants, aujourd’hui déjà un médecin sur cinq est étranger en France, et parce que notre modèle social ne tiendra pas sans un nombre d’actifs suffisant.

Une évidence dans l’Italie de Giorgia Meloni, qui d’ici 2028 aura ouvert ses portes à 1 million de travailleurs étrangers, de même dans l’Espagne de Pedro Sánchez, qui considère comme une « urgence sociale de régulariser un demi-million de sans-papiers ».

Mais en France, il n’y a même pas de débat sous la pression du RN et par peur de lui laisser le champ libre, il n’y a qu’une obsession politique, presque un consensus, faire baisser les chiffres. C’est pour ça que les métiers en tension sont toujours en tension avec cette circulaire Retailleau qui en durcissant les critères de régularisation a maintenu des milliers de travailleurs dans la clandestinité.

Comment parler d’intégration quand on refuse d’intégrer ceux qui font chaque jour la preuve de leur utilité sociale ? Ce n’est là qu’une des questions d’un débat beaucoup plus vaste qui comprend aussi le logement, la mixité sociale, la culture, l’assimilation, un débat que la France devra avoir mais par pitié, pas seulement avec des chiffres.

Patrick Cohen, France Inter, Jeudi 29 janvier 2026

Mais c’est encore à des étudiants étrangers qu’ont été accordés le plus grand nombre de permis de ces jours. 18 000, près du tiers du total, et surprise d’ailleurs, en regardant la ventilation par pays, nos universités ou grandes écoles ont admis l’an dernier 8300 étudiants chinois et 8000 Américains des États-Unis, toujours pour motif étudiant, pas encore pour motif humanitaire.

> En revanche, l’immigration économique est en panne 

Et ce n’est pas une bonne nouvelle, parce que la France vieillit, et ce des peuples, que les besoins de main-d’œuvre vont à des crescendo des cuistots aux soignants, aujourd’hui déjà un médecin sur cinq est étranger en France, et parce que notre modèle social ne tiendra pas sans un nombre d’actifs suffisant.

Une évidence dans l’Italie de Giorgia Meloni, qui d’ici 2028 aura ouvert ses portes à 1 million de travailleurs étrangers, de même dans l’Espagne de Pedro Sánchez, qui considère comme une « urgence sociale de régulariser un demi-million de sans-papiers ».

Mais en France, il n’y a même pas de débat sous la pression du RN et par peur de lui laisser le champ libre, il n’y a qu’une obsession politique, presque un consensus, faire baisser les chiffres. C’est pour ça que les métiers en tension sont toujours en tension avec cette circulaire Retailleau qui en durcissant les critères de régularisation a maintenu des milliers de travailleurs dans la clandestinité.

Comment parler d’intégration quand on refuse d’intégrer ceux qui font chaque jour la preuve de leur utilité sociale ? Ce n’est là qu’une des questions d’un débat beaucoup plus vaste qui comprend aussi le logement, la mixité sociale, la culture, l’assimilation, un débat que la France devra avoir mais par pitié, pas seulement avec des chiffres.

Patrick Cohen, France Inter, Jeudi 29 janvier 2026

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