Nos maisons brûlent : « Financer l’adaptation et la préparation, c’est un investissement rentable »

« Nous avons besoin d’un pacte national pour le climat et d’un plan d’adaptation financé et mis en œuvre.

Ce n’est aujourd’hui pas le cas. Du tout. Pourtant les ressources existent : le rapport Pisani-Ferry – Mahfouz de 2023, les constats scientifiques du Pnacc 3 (Plan national d’adaptation au changement climatique), les études du Cerema (Centre d’Études et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement)… Après l’incendie de 2022, le président du conseil départemental de Gironde, Jean-Luc Gleyze, a ainsi écrit un livre très documenté qui offre des pistes concrètes (1).

Ce qui manque, c’est une volonté politique honnête de mise en œuvre et des choix de financement afférents. L’argument financier est d’ailleurs parfaitement inversé : lorsqu’on fera le bilan du coût de l’incendie, on verra qu’il est considérable, sans même parler du coût humain et de celui de la faune et de la flore, inestimables. Financer l’adaptation et la préparation, c’est, pour parler dans le langage des comptables à courte vue qui semblent parfois les seuls décisionnaires, un investissement rentable. Il est surtout indispensable.

Cet été 2026, nous sommes déjà, sur le plan politique, dans la préparation de l’échéance présidentielle, et pourtant les débats ne portent presque que sur des questions tactiques d’alliance et sur les profils de candidats – qui sont des dizaines : c’est consternant. Car quelles que soient les qualités intrinsèques de tel ou tel pour faire face à un défi de cette taille, c’est au minimum une équipe solide, extrêmement soudée, qui est nécessaire. Qui saura tenir un cap et créer de la cohésion dans un pays fatigué, fragilisé par des pratiques politiques de fracturation démocratique.

Un chantier immense 

Tout ce qui fait que nous aimons la France, ses paysages, ses rivages, ses montagnes, ses îles, son patrimoine bâti, ses animaux, ses arbres, ses fleurs, ses fruits, ses fromages ou ses vins, est menacé par le changement climatique. Nous ne pouvons pas aggraver la situation par l’impréparation. Concernant la forêt, et en particulier celle qui est devenue ma maison, la plus grande forêt d’Europe de l’Ouest, celle des Landes, il faudra là permettre aux scientifiques et aux spécialistes, pompiers compris, de travailler encore pour adapter la réponse au risque immédiat : moyens humains, aériens et terrestres renforcés, pare-feu plus conséquents, surveillance par drones, flottes d’extincteurs de proximité. La prévention et la détection sont cruciales, car un feu attaqué dans les premières minutes reste maîtrisable.

Mais il faudra aussi adopter une approche plus durable, qui inclut l’aménagement des espaces et la gestion forestière, les choix d’espèces et de filières. N’oublions pas que le bois et la chimie verte de la résine font aussi partie des réponses aux enjeux de sobriété dans la consommation de produits fossiles. Le chantier est aussi immense qu’indispensable.

Au moment où j’écris ces lignes, la pluie fine de la nuit a donné un peu de répit aux pompiers. Lorsque ce feu sera éteint, il ne faudra pas attendre le prochain. Puisse-t-il être l’étincelle qui permettra le réveil et l’action. « 

◗ (1) . « Après le feu. Manifeste pour une forêt en héritage », Le Bord de l’Eau (2023).

Cécile Duflot – Le Nouvel Obs – Jeudi .30 juillet 2026

Ce contenu a été publié dans Actualité, Environnement. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.