Dans sa « Lettre d’intérieur » lue sur France Inter par Augsutin Trapenard mercredi 15 avril, Cécile Coulon s’adresse au village Eyzahut : elle rend hommage aux milliers de communes de moins de 500 habitants, si souvent oubliées, et pourtant peu touchées par le Covid 19.
« Clermont-Ferrand, le 14 avril 2020
Eyzahut, cher village,
Je ne te demande pas si tu vas bien : je sais que tu vas bien. Dans tes mâchoires de pierre arrosées par les ruisseaux, habillées des arbres que le printemps doit fleurir et des oiseaux réfugiés dans tes hauteurs, je ne m’inquiète pas pour toi, ni pour celles et ceux qui vivent dans tes maisons, serrées les unes contre les autres comme des meilleures amies un soir de premier bal.
Eyzahut tu as un drôle de nom : Eyzahut, cela signifie ‘hautes maisons’. Village élevé qui élève lui-même quelques cent soixante habitants. On ne te voit jamais aux informations, à la télévision. On ne t’entend jamais à la radio. On te lit quelques fois, dans le journal local, au moment des tournois et des élections. Eyzahut, tu es si beau, une beauté d’autrefois, une beauté bien cachée.
Je t’écris cette lettre par-dessus tes ruisseaux, au-delà des falaises, en remontant les massifs de l’autre côté de l’Ardèche. Je suis nichée dans un appartement qui a bien peu d’âme à côté de ton antique demeure. Je t’écris car il y a tant d’Eyzahut en France, tant de si petits villages qui ont failli mille fois mourir mais où, aujourd’hui, personne ne meurt. Continuer la lecture









